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Les métamorphoses synchronisées

Enfant, je rêvai… J’aspirai à découvrir le monde, je désirai voir ailleurs, je prétendis à rencontrer l’autre, je rêvassai à d’autres horizons. Plus tard j’écrivis ces mondes, ces autres, ces ailleurs et ces autres horizons. Mon imagination, mon imaginaire furent actifs et nourris par les livres littéraires ou les bandes dessinées. J’étais possédé par les images, par les mots. Cette situation me mettait dans l’évasion et j’aimais m’évader. J’appréciai de partir par la pensée.

Aussi, cette circonstance me mit dans des empêchements. À mesure que je grandissais, selon les degrés de l’évolution de mon corps et de ma personne, il ne me fût plus permis d’être dans ces mondes, dans ces autres, dans ces ailleurs et dans ces autres horizons. Enfin, il ne me fut pas autorisé de le faire dans les conditions d’évasion que je connaissais jusqu’alors. En effet, je m’évadais régulièrement à partir du huis-clos. Et se posa le souci de l’évasion ou du rêve hors de la pièce aménagée, dans la visibilité au sein du public, toujours dans le secret et la discrétion. Je pus répondre à cette question des années plus tard.

Lorsque je répondis à cette question, j’étais adolescent. Et je découvrais les filles ainsi que leurs coquetteries. Ma réserve ainsi mon inexpérience m’installèrent régulièrement dans une position figée à l’endroit de ces jeunes femmes en devenir. Je ne savais pas pratiquer la drague et je ne sus être dragueur. Je méconnus l’importance de savoir draguer, pour plaire et atteindre ses objectifs avec ces jeunes femmes en devenir, car ce qui m’intéressait fut leur compagnie, leur personne ainsi leur être. J’étais dans un romantisme balbutiant. Par cet état et dans cette situation, je dus apprendre à faire différemment du dragueur, je me devais d’être autrement car faire la cour à une personne dans le but d’obtenir ses faveurs amoureuses et plaire ne s’inscrivaient pas dans mon comportement. Et, à ce jour ces comportements ne sont pas plus inscrits en ma personne. D’aucuns peuvent penser blessure narcissique… À cela, je réponds que je ne suis ni comédien ni acteur. Et que le jeu de rôle n’est guère mon fort.

L’élément qui me permit de sortir de mon incapacité fut l’odeur, cette émanation volatile perçue par l’odorat. De nouveau, je pouvais m’évader… À nouveau, je voyageais en des endroits divers du globe et de l’Humanité de la personne. Je sentais sur ces jeunes femmes en devenir ces parfums d’épices, de savon, de shampooing et parfois de lessive. Ces odeurs m’ouvrirent à la connaissance et à connaître l’Autre, d’autant si cet Autre fut l’être désirée.

Je me suis enivré de parfums de toutes sortes qui s’accrochèrent sur les tissus des vêtements, sur les peaux de ces êtres désirés par moi. L’odeur me permit la tendresse, la douceur, l’amour. Oui, avec et par l’odeur j’appris à aimer, à découvrir le corps de l’être désirée, à honorer ou à gratifier tant le corps que l’être aimée. Ces émanations construisaient mon rapport et mon lien aux femmes, elles sentaient la vie… Cette vie que j’eus et avais avec elles, cette vie que je désirai partager avec elles. Cette vie qui les rendait et rendent belles, sereines et qui permit de construire un ou des avenirs.

L’odeur m’autorisa le voyage entre le huis-clos, l’espace ouvert aménagé ou non et le public dans le secret et la discrétion. Et, je continuais à voyager au rythme des odeurs. Je les sentais, les humais et elles me transportaient dans des géographies livresques, sur des corps que j’eus aimé, vers des êtres qui me manquaient. Je m’évadais, je revivais des instants forts et personnels, des moments de bonheur, de joie, de tendresse et parfois des ruptures.

L’odeur fut mon élément intime à l’apprentissage de l’altérité. Ma première rencontre à l’Autre fût une femme : la sage-femme ou l’infirmière. Je ne le sais plus. L’Autre que je rencontrai enfant, hors des personnes de famille que je connaissais, furent mes copines et copains de classe. Je sus et savais les signifier comme l’Autre… Du simple fait et réalité qui ne furent pas moi… 

De nouveau, ma première rencontre à l’altérité fut une femme… Et cela fut très intime… Et cela me reste très intime…  Je découvris cette Autre, qui me fut inconnue et qui m’est souvent inconnue. Encore, pour réduire cette situation étrangère, ignorée, inexplorée voire insoupçonnée et mystérieuse pour moi, je me servis de mon nez et mon odorat. Sans doute que je fus maladroit… Mais si tendre par le nez, si explorateur par l’odeur que je m’enivrais du corps de l’Autre, du corps de cette femme.

Oui… j’ai appris à sentir et je ne suis pas un nez… Mon nez fut et est un des éléments, l’une des pièces qui forma et structura mon instinct. En effet, mes pressentiments, mes pulsions, mes sentiments et mon intuition peuvent être guidés par mon nez. Ainsi que mon appétit, d’ailleurs… Mes connaissances directes et immédiates qui ne nécessitent pas le recours au raisonnement sont guidées par mon nez… Je sens ou je ne sens pas… ! Par la suite mon regard affirme et mon écoute confirme… 

Encore, mon nez fut un formidable guide et il me servit dans mes voyages ou sur des terrains, des espaces qui me furent inconnus. L’odeur des champs, l’odeur des villes, l’odeur des quartiers, l’odeur du métro… L’odeur du transport… Ces émanations volatiles qui font que l’on, que je puisse être bienséant, confortable et à l’aise dans son rapport à l’Autre, dans l’altérité, dans mon l’altérité et qui me permet d’ouvrir sur le possible voire sur le champ entier du possible.

Ainsi, je découvris des terres, des fruits, des légumes, des cuisines et des desserts… Des pays, des personnes, des Autres par mon nez… 

Mon nez fut aussi un prétexte à la paix sociale. En effet, dans ma profession, nous pouvons savoir l’heure à laquelle commence un tournage. Quant à savoir l’heure à laquelle celui-ci se termine reste une interrogation pour chacun de nous, techniciens du cinéma et de l’audiovisuel. Aussi, par l’intermédiaire de la mise en appétit, mon nez me permit de mettre en place des liens de copinage ou d’amitié avec des cuisinières ou des cuisiniers et ainsi de pouvoir être servis servi tardivement ou d’avoir des repas copieux.

Cette partie saillante de mon visage, située entre mon front et ma bouche, qui reste l’organe de mon odorat, est me concernant, l’outil, l’entrée de mon instinct. Et, je le redis, je le répète, je sens ou je ne sens pas… ! Par la suite mon regard affirme et mon écoute confirme… Et, de manière générale, je vis bien avec mon nez.

J’ai pu m’apercevoir que je ne suis pas le seul à vivre avec et par son nez. Je ne suis pas le seul à sentir ou ne pas sentir… ! Par la suite, je ne peux dire si l’Autre affirme par son regard et confirme par son écoute… J’avoue n’avoir jamais discuté ou échangé avec l’Autre lorsque je m’apercevais de ces capacités chez elle ou chez lui. Dès lors, j’en redeviens conventionnel et j’utilise la parole, la langue et ses mots pour ce qu’ils sont et selon leurs définitions.

Je ne suis pas praticien ou technicien d’une science neuro-cognitive. Cependant, mes expériences personnelles ainsi que ma sphère privée m’ont donné à voir comment chacun habite ses silences. Encore par le nez, par l’odeur, j’ai su respecter et apprécier ces absences de son.

J’ai su apprécier ces silences au sein de l’institution psychiatrique. En effet, pour des raisons que je ne dévoilerai pas, ma mère est une personne qui a fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique. Personnellement, je trouve que c’est un lieu particulièrement maltraitant et les praticiens sont tout autant maltraitants.

Aussi, dans un de ces hôpitaux dans lequel ma mère fut, il n’y avait pas de salle d’attente, seulement une salle commune où les patients ainsi que les familles de ceux-là pouvaient se retrouver. Il n’y avait guère d’accueil, point d’intimité et rapidement le visiteur est confronté à la violence du lieu. En visite dans ce lieu et en attente pour y voir ma mère, je me souviens d’avoir autorisé les patients à me sentir et me toucher. Il ne me dérangeait pas qu’ils touchent, prennent ou hument de mon humanité. Néanmoins, une personne de l’équipe paramédicale fut dérangée par la scène.

Pour finir, il m’apparaît que les patients, excepté du fait qu’ils peuvent s’exprimer par l’Art, et au regard de leurs œuvres, je crois fermement qu’ils expriment leurs sentiments, leurs intuitions et leurs instincts… Car ils sentent.

Sans cette capacité, sans cette faculté de sentir, l’Art n’est pas… Et l’Expression inexistante. L’Art ainsi que l’expression sont et restent deux autres formes qui lient à l’Altérité et permettent le rêve, la découverte du Monde, de l’Ailleurs et de l’Autre.